Cette semaine, suivez Cécile Boyer-Runge, PDG de Robert Laffont et Betty Mialet codirectrice des éditions Julliard.
Cette semaine, suivez Cécile Boyer-Runge, PDG de Robert Laffont et Betty Mialet codirectrice des éditions Julliard.
Découvrez le palmarès des romans de la rentrée littéraire 2015 par les explorateurs de lecteurs.com Tous nos conseils de lecture pour les incontournables de cette rentrée
L’accroche du roman issue d’une imagination débordante, va être le point de départ d’une cartographie détaillée de l’âme de ses personnages pris dans l’éclatement de relations amoureuses et familiales.
Colm Tóibín va magistralement tendre son texte entre deux hommes, deux familles, deux traditions (irlandaise et italienne), deux îles (Long Island et l’Irlande), avec en son centre une femme, Eilis Lacey.
Les dialogues intérieurs et extérieurs font avancer ce roman d’amour addictif et le faire monter en puissance tout en dépeignant des êtres aux quotidiens soudainement bousculés, déstabilisés, sortis de leurs routines et projets. Le cocon des relations amoureuses et filiales rassurantes deviennent râpeuses et de plus en plus ambigües et inquiétantes sous une plume magistrale livrant des mots justes précisant l’état d’esprit de chacun tout en brossant des paysages environnementaux cinématographiques.
Proches ou éloignés, tous, prisonniers de leurs us et coutumes aux racines profondes qui les tiennent dans un carcan de traditions rigides toujours ancrées dans notre époque moderne, sont précipités dans un magma de sentiments complexes qui agiront sur leurs destins et comportements.
Eilis est le point de jonction de cette intrigue. Va-t-elle accepter le fait que son mari ait fait un bébé à une autre femme qui ne représente rien pour lui sinon une passade? Va-t-elle revenir vers cet époux honteux qui l’attend ou définitivement le quitter lui et sa famille italienne étouffante qui a décidé sans son aval de garder le nouveau-né qui sera élevé par sa belle-mère ? Va-t-elle rester en Irlande, reprendre une ancienne relation amoureuse et à son tour briser un autre couple ? Va-t-elle détruire sa propre famille ? Va-t-elle sacrifier ses deux enfants adolescents Rosella et Larry venus de New York la rejoindre en Irlande pour la première fois de leur vie rencontrer leur grand-mère maternelle qui va fêter ses 80 ans ?
Colm Tóibín maintient une tragédie ordinaire entre deux portes et tout le symbolisme leur afférant.
Un texte remarquablement imaginé et superbement bien écrit.
Le New York Times titre : « Un immense romancier» et je suis formellement d’accord avec ça !
« Long Island » de Colm Toibin 2024
Petit veinard également car j’ai eu la chance de découvrir un auteur que je ne connaissais pas.
Pour mémoire , Brooklyn » raconte les raisons du départ d’Irlande d’Eilis vers New York dans les années 50 , son intégration , son retour précipité en Irlande et un choix à faire. (Cf. mon avis du 4 aout 2024) . Lire « Long Island » sans avoir lu Brooklyn ne pose aucun problème de compréhension.
« Long Island » , c’est le départ précipité d’Eilis ( ça devient une manie
Revenue chez elle en Irlande après s’être mariée aux Etats-Unis, Eilis tombe amoureuse de Jim Farrell, un homme de sa ville d’Enniscorthy. Mais elle l’abandonne pour retourner à Long Island où l’attend son mari avec qui elle aura 2 enfants.
Mais lorsqu’elle refait le voyage vers l’Irlande, 20 ans plus tard, le coup de foudre opère à nouveau et il ravive un amour blessé.
Se pencher sur le passé en s’y replongeant est une aventure bien risquée quand on est devenue membre d’une grande famille régie par des traditions italiennes et attachée à des apparences conformistes.
Le questionnement que soulève Colm Toibin est intéressant et chacun devrait y trouver la trace de regrets ou d’hésitations déjà vécus.
Pourtant, les personnages manquent cruellement de caractère. Je les ai trouvés peu affirmés et cédant en permanence aux convenances. Je n’ai pas apprécié leur peu de fougue, leurs hésitations face aux grandes décisions et leur lâcheté ordinaire.
Et surtout, j’ai trouvé que ce roman manquait d’amour, il n’y a ni flamme, ni désir et cela donne une histoire bien plate qui se termine comme elle s’est déroulée, sans éclat.
Une histoire au romantisme désuet qui m’a semblé bien longue mais qui plaira peut-être aux amateurs de romans familiaux sans heurts ni aspérité.
Ce roman est la suite de Brooklyn, un livre dans lequel Colm Toibin racontait la naissance de l'amour, de la passion entre Eilis et Tony. Sachez déjà que vous pouvez lire ce livre sans avoir lu le précédent. C’est même ce que j’ai fait.
Ce roman, Long Island, s’ouvre sur un choc, une annonce qui chamboule tout. L’histoire se déploie autour du doute qui ne lâche pas les personnages. Eilis ne sait pas si elle reviendra aux Etats Unis. Et même si elle revient, sa vie va sûrement changée. Jim, depuis vingt ans dans le pub familial, doute de sa vie actuelle quand il voit revenir Eilis. Le roman est animé par les brèches qui s’ouvrent dans le cœur des êtres. Ils s’accrochent toutes et tous à la possibilité de rattraper leur passé, de saisir enfin leur chance. Et si ? ces deux mots sont une manière de repenser aux histoire d'amour qui n'ont pas eu lieu. Ce livre est d'une mélancolie bouleversante. Eilis et d'autres fuient. Elle quitte les états unis pour revenir en Irlande, espérant avoir une révélation. Jim est resté en Irlande, meurtri par l'abandon, il ne bouge plus. Il est prisonnier de ce qui ne s'est pas passé.
Ces questionnements empoisonnent leur quotidien sans être vraiment exprimés. Et ça la force de ce texte. Colm Toibin suit avec précision le parcours d’Eilis, de Jim et des habitants d’ Enniscorthy. Nous voyons leur vie, leur rythme. Il n’y a rien d’extraordinaire. Et pourtant, nous attendons à cause des doutes. Les personnages espèrent, se projettent. Nous attendons donc le moment où ils prendront la décision qui bouleversera leur vie et celle des autres. Tout est mêlé. Les connections sont partout dans cette petite ville. Colm Toibin décrit un équilibre fragile qui ne dit pas ses mots. Chaque geste, chaque regard prend sens. C'est le langage non verbal qui donne structure ce livre. Et quand s'ajoute alors la parole, l'émotion est décuplée. Parce que ce livre est profondément émouvant. Les personnages sont incarnés dans toute leur complexité.
S’ajoute une sensation troublante. Au fur et à mesure de la lecture, on sent que les personnages ont un passé, qu’il y a des événements qui les a forgés, construits. Une fois ce livre terminé, je me suis rappelé que je pouvais retrouver Eilis, Tony et Jim en lisant Brooklyn qui est disponible en poche.
Il n'y a pas encore de discussion sur cet auteur
Soyez le premier à en lancer une !
Taïna, indienne des Caraïbes, a été instruite dès son enfance pour devenir chamane, mais Christophe Colomb et les Espagnols arrivent...
Une belle adaptation, réalisée par un duo espagnol, d'un des romans fondateurs de la science-fiction, accessible dès 12 ans.
Merci à toutes et à tous pour cette aventure collective
Lara entame un stage en psychiatrie d’addictologie, en vue d’ouvrir ensuite une structure d’accueil pour jeunes en situation d’addiction au numérique...