Taïna, indienne des Caraïbes, a été instruite dès son enfance pour devenir chamane, mais Christophe Colomb et les Espagnols arrivent...
•DE LÀ NAÎT LE GÉNIE•
Débuter une année avec un texte d’une quarantaine de pages et tout s’éclaire. Seuls les grands écrivains réussissent à faire naître une pensée limpide en quelques phrases. André Gide fait partie de ces influenceurs au sens noble du terme, et non celui, au demeurant galvaudé par les réseaux sociaux vous vendant une crème pour garder vos mains soyeuses qu’eux-mêmes n’auront pas testée (l’analogie pour les livres non lus, marche aussi).
L’influence. Quiconque sait qu’à un moment donné de sa vie il a été poussé ou encouragé par un autre individu, à suivre le mouvement. À travers l’apologie de l’influenceur et de l’influencé, André Gide agite et revendique ces notions. Ce texte dicté lors d’une conférence à Bruxelles le 29 mars 1900 cloue au pilori l’individualisme ambiant qui cherche à cadenasser l’influence d’autrui. Selon lui, tout influenceur a déjà été influencé. Imaginer détenir une vérité, un concept, une création sans influence, serait dénué de sens. L’influenceur sans passeur ultérieur ne saurait rendre pérenne l’idée initiale.
« L’influence ne crée rien, elle éveille ».
André Gide avec cette phrase éveille aussi en nous, cette appétence sur la notion de personnalité. Chaque individu aurait peur de perdre la sienne, de n’être qu’un individu commun, normal ou banal. Alors il se laisse influencer parfois inconsciemment. André Gide désire casser ce postulat en désacralisant le tout, non, vous ne perdrez votre personnalité si vous décidez d’être influencé par autrui. Selon lui l’influence n’est pas bonne ou mauvaise, mais différente selon qui la subit.
« Il faut, n'est-ce pas, être arrivé à un point
de perfection rare, pour croire que l'on ne
peut changer qu'en mal.»
Vous croiserez souvent Goethe dans cet ouvrage nécessaire, pertinent et d’une justesse infinie. Écrivez simple. Écrivez peu. Mais écrivez bien. Écrivez fort. Laissez-vous influencer par tel ou tel individu. Instagram en est la preuve vivante où chaque jour nous subissons consciemment ou inconsciemment cette influence que l’on décide de choisir ou non. Si certains écrivains furent influencés par le temps, la saison ou le lieu, d’autres influences plus personnelles verront le jour quotidiennement. C’est avec ce prisme continu qu’Andre Gide écrit un texte qui frappe par l’aspect contemporain qu’il dégage. L’influence n’existe quasiment pas tant elle va simplement révéler ce que vous avez au plus profond de vous. En un siècle, rien n’a changé entre les Hommes, entre ceux qui désirent être les seuls a réussir et ceux qui pensent réussir seuls. Un grand petit livre qui se dévore avec délice. Foncez.
Ps. Il vaut le même prix que deux pains au raisins mais vous vous en souviendrez bien davantage.
« Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle ».
Le titre de cet ouvrage autobiographique fait référence à l’Evangile selon Saint Jean, et exprime la dualité de l’auteur, qui aurait pu, tel le grain de blé ne pas mourir et poursuivre le destin tracé par son éducation puritaine, alors que renonçant à celle-ci, il révèle sa personnalité enfouie.
Dans une première partie, Gide évoque une enfance de sale gosse, celui qui mord la joue qu’on lui tend, qui écrase les pâtés de sable de ses petits camarades et se cache sous les tables pour des jeux interdits, sévèrement corrigés au nom de la décence instrumentalisée par le médecin de famille.
Derrière les souvenirs incertains, modifiés par la reconstruction de l’imagination qui mêle les époques et les lieux, se dessine le bonheur des premières impressions dans un monde qu’on découvre et interprète à l’aune d’une expérience minimale.
On y découvre aussi une scolarité totalement anarchique, dispensée par des précepteurs éphémères et des cours de piano médiocres qui n’ont pas découragé l’enfant amoureux de la musique.
Inévitablement cette enfance « confinée » ne développe pas la sociabilité et fait le lit du désespoir des années de lycée, qui auront malgré tout permis la rencontre d’ amis fidèles .
C’est dans la deuxième partie, qui relate un voyage en Afrique du Nord avec son ami Paul Albert Laurens qui lui fait tourner la page de son éducation protestante, qu’il prend la parti d’assumer son homosexualité.
Gide ne fait pas le fanfaron, il porte un regard sévère sur ses obsessions, et sur l’enfance à la fois privilégiée, (au moins jusqu’à la mort de son père) et ne s’accorde pas de remises de peines.
Bien entendu, malgré une pudeur relative, les pages qu’il consacre à ses relations charnelles avec de jeunes prostitués algériens ne peuvent que choquer. Elles sont à remettre dans leur contexte mais restent inexcusables et inacceptables, par cette recherche de plaisir sans aucune considération pour l’être humain instrumentalisé et avili. Elles sont le témoin d’une évolution des consciences qui ne peut aller que vers l’amélioration du genre humain.
Autobiographie sans complaisance, rédigée avec sincérité et simplicité, qi permet de comprendre un peu mieux l’œuvre et l’auteur.
Parmi mes genres littéraires favoris se trouve le Bildungsroman, le roman d’apprentissage, et lors du début de ma première lecture des Faux-monnayeurs, j’ai longtemps cru que c’était à un roman de ce type que j’avais à faire.
Tout commence en effet par le jeune Bernard, qui découvrant les lettres d’amour de sa mère réalise être le fruit d’amours interdits, et se rend compte que celui qu’il croit être son père ne l’est peut-être pas. Il lui écrit une lettre, une lettre d’adieu, une lettre définitive, dans laquelle il lui exprime son mépris, et lui explique son départ. Puis, il complote avec son ami Olivier, chez qui il a pouvoir aller trouver refuge. Bref, c’est là un début classique pour un roman d’initiation, mais très vite nous allons découvrir que M. Gide a pris un malin plaisir à démultiplier les intrigues, et a pris le parti osé d’introduire dans son récit l’oncle d’Olivier, Edouard, écrivain de son état, justement en train d’écrire un roman intitulé « Les faux-monnayeurs ». On croisera Vincent, Georges, Armand, Boris, Lady Griffith, Strouvilhou, Laura, le comte de Passavant, et bien d’autres encore, qui tous prendront à un instant ou un autre une importance particulière, de par leurs actes ou par un lien les unissant à un des autres personnages déjà rencontrés.
Le roman initiatique devient donc « autre chose », et l’auteur nous le fait clairement savoir aussi par sa multiplication de l’usage de formes littéraires diverses, le journal, la lettre, ou par ses incessants changements de points de vue narratif. C’est justement en cela que ce roman est un objet littéraire extrêmement intéressant, dans sa constante réflexion sur ce qu’est le roman, sur ce qu’il peut parvenir à dire et sur ce qu’il ne parviendra jamais à saisir. M. Gide nous offre là une exaltante réflexion, tout en réussissant la prouesse de rendre son intrigue éclatée lisible, et sa destruction volontaire d’une forme classique devient un atout majeur dans le charme que dégage ces faux-monnayeurs.
Ce livre fait partie de ceux que régulièrement je relis, toujours avec un même plaisir, certain que je suis d’y découvrir une nouvelle facette, une nouvelle grille de lecture m’ayant échappé précédemment. Il est de ces romans dont je ne me lasse pas. L’écriture de Gide, son style fin, parfois précieux, me charme toujours, et j’ai grand plaisir à me perdre dans les ambiguïtés des relations décrites, dans les non-dits, dans les actes manqués de ces personnages à la psychologie raffinée et si bien décrite. Il y a, à mon avis, dans ces pages, une justesse et des vérités intemporelles, et je ne peux que vous inviter à les découvrir au plus vite.
Quand Gide raconte de façon romancée sa passion pour sa cousine....mais dans la réalité, ils se marient et elle ne comprendra que bien après pourquoi il ne fera jamais l’amour avec elle....
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Taïna, indienne des Caraïbes, a été instruite dès son enfance pour devenir chamane, mais Christophe Colomb et les Espagnols arrivent...
Une belle adaptation, réalisée par un duo espagnol, d'un des romans fondateurs de la science-fiction, accessible dès 12 ans.
Merci à toutes et à tous pour cette aventure collective
Lara entame un stage en psychiatrie d’addictologie, en vue d’ouvrir ensuite une structure d’accueil pour jeunes en situation d’addiction au numérique...