Taïna, indienne des Caraïbes, a été instruite dès son enfance pour devenir chamane, mais Christophe Colomb et les Espagnols arrivent...
L’amour de la littérature, sans distinction de nationalités, et l’hommage qui lui est rendu m’ont accrochée dès le début : ils sont partout ! Il faut commencer par s’arrêter sur le patronyme du personnage principal d’Un gentleman à Moscou : le comte Alexandre Ilitch Rostov. On ne peut que sourire au clin d’œil à Guerre et Paix de Tolstoï dont le Nicolas Ilitch Rostov partage avec Alexandre un nom de famille, un titre, une éducation aristocratique, une grande désinvolture et une infinie capacité de résilience. Comme lui, il mûrira au gré des événements, des rencontres et du temps qui passe.
Un gentleman à Moscou est le deuxième roman seulement d’Amor Towles, né en 1964, dont son éditeur, Fayard, nous dit bien peu de choses. On doit se réjouir que cet homme-là ait abandonné la finance au profit de la littérature !
Le roman s’ouvre sur un poème signé par le comte lui-même en 1913. Ce texte s’avère d’une grande importance puisque Alexandre Rostov, l’aristocrate, lui doit de ne pas être fusillé par le Parti : en 1922, ces vers lui valent aux yeux de « personnes haut placées [de compter] parmi les héros de la cause prérévolutionnaire ». Pas de peloton d’exécution, donc, mais une assignation à résidence à l’Hôtel Metropol où le comte habite en fait depuis quatre ans dans la somptueuse suite 217. Sous bonne garde, il doit la quitter et transporter le peu de ses possessions qui entrent dans la minuscule chambre de domestique qu’on lui impose, tout en haut du beffroi… La suite nous éclairera sur la genèse de ce poème décidément capital dans la vie d’Alexandre.
Il suffit de lire, dans les toutes premières pages, le verbatim de la comparution d’Alexandre devant le comité du commissariat du peuple pour comprendre que, malgré l’insertion de personnages réels (le procureur Vychinski de triste mémoire par exemple), il ne faut pas chercher dans ce roman la vérité historique ; le comportement du comte qui ne se défait pas de son charme, de son esprit de répartie ni de son humour, et la sentence prononcée par le tribunal ne laissent aucun doute : il s’agit d’une sorte de fable, d’un conte philosophique.
La division du roman en cinq livres présentés chronologiquement mais d’une durée très inégale accélère le rythme du récit grâce à des raccourcis importants, voire des ellipses de plusieurs années : le livre I, sept chapitres et 120 pages, couvre l’année 1923 ; le livre II, 3 chapitres et 70 pages, condense trois années, etc. Le narrateur nous permet d’accéder aux pensées des différents personnages. Un « nous » se glisse fréquemment dans le texte pour faire part de considérations philosophiques, psychologiques, gastronomiques, historiques, culturelles, etc., souvent avec beaucoup d’humour. Ce « nous » peut signifier successivement « nous » les Russes, les aristocrates, les contemporains de ce régime, les clients ou les employés du Metropol, etc. ; son emploi impose au lecteur un regard différent à chaque fois. Il en va de même pour le « vous » d’adresse au lecteur, fréquemment convoqué comme lecteur, évidemment, mais tout aussi fréquemment comme témoin… Autre petit régal grâce à la variété des sujets et aux ruptures de ton : les notes de bas de pages. La plus longue qui commence par d’amusantes considérations sur les patronymes des personnages des romans russes continue en dévoilant l’avenir tragique d’un des personnages secondaires. D’autres traitent de l’inutilité de la « réinvention » des sigles de la police secrète, de l’aveuglement des Américains invités en Russie alors qu’y sévissait la famine, ou encore des raisons de la prolifération des immeubles préfabriqués de cinq étages…
Au Metropol, le temps passe à un rythme variable selon les occupations du comte et selon son moral. Alexandre Rostov, parfait gentleman, cultivé, polyglotte, maître dans l’art de la conversation, remarquable palais, s’occupe de bien des manières. Il a des relations cordiales avec les employés de l’hôtel qui lui marquent beaucoup de considération, mais aussi avec certains des nouveaux pontes bolcheviques. Il sympathisera avec une petite fille de neuf ans, Nina, qui réside à l’hôtel avec son père, mais qui est souvent seule. Il entreprendra, en quelque sorte, de faire son éducation, alors que Nina se révélera étonnement bon professeur elle aussi, et elle réussira à élargir l’horizon du prisonnier. Plus tard, une enfant de cinq ans, Sofia, lui sera confiée par Nina et l’empêchera de devenir fou quand les exemples littéraires ou historiques ne suffisent plus depuis longtemps : Edmond Dantès au château d’If, Cervantès à Alger, Napoléon à l’île d’Elbe ou encore Robinson Crusoé ont perdu de leur valeur d’exemplarité. Le comte formera avec le cuisinier et le maître d’hôtel (un Français !) un trio qui maintient le Metropol à flot en dépit de toutes les vicissitudes apportées par la bureaucratie.
J’ai bien aimé ce roman et je me suis attachée aux différents personnages au fil de ma lecture. Le thème du hasard qui traverse tout le livre prend ici une coloration particulière et Towles l’exploite avec brio, peut-être parce que les enjeux sont vitaux. Je suis consciente que j’ai puisé certaines de mes images mentales dans le Grand Budapest Hôtel de Wes Anderson qui se superpose maintenant dans mon esprit au Metropol : deux palaces, à peu près la même époque, des personnages un peu déjantés, beaucoup d’humour, bref, plusieurs ingrédients qui s’ajoutent sans pourtant se confondre. Pour d’autres aspects, j’ai pensé à Novecento pianiste d’Alessandro Baricco : l’enfermement, bien sûr, le charme du personnage, le défilé de personnages secondaires, l’importance de la musique, l’irrémédiable poids du destin et un final en forme de pirouette, bien qu’elle ne soit nullement tragique dans le cas du comte Alexandre Ilitch Rostov !
Merci au Grand Prix des Lectrices de Elle et aux éditions Fayard.
L'idée de départ interpelle : le comte Alexandre Ilitch Rostov est condamné par un tribunal bolchévique en 1922 pour avoir rédigé un poème semblant remettre en cause le régime soviétique (on est donc du temps de l'URSS). Pour cette infraction, il est assigné à résidence dans un palace de Moscou dans lequel il loge à l'année, le Metropol qui se trouve en face du Kremlin. Nous suivons donc le comte pendant plus de 30 ans et sur plus de 500 pages dans ses pérégrinations au sein du Metropol.
Mais j'avais une appréhension au commencement de la lecture, j'avais peur de passer d'anecdote en anecdote sans histoire continue. Ce n'est pas le cas, même si le comte est adepte des digressions sur sa vie passée. Rapidement dans l'histoire, le comte se lie d'amitié avec certains membres et clients de l'hôtel que nous retrouvons tout au long du livre. Certains proches de sa vie passée viennent également lui rendre visite.
C'est donc une assignation à résidence "de luxe" car il profite des services de l'hôtel (restaurant, couture, barbier etc.), a la possibilité de garder plusieurs de ses meubles qui se trouvaient dans la suite qu'il louait à l'année et est donc libre de ses mouvements. Mais au début il faut reconnaître qu'il est un peu perdu. Il a évidemment dû quitter la suite qu'il occupait en tant que client pour se retrouver dans une petite chambre, le changement est brutal. Et puis que va-t-il faire de ses journées ? Il a gardé de son ancienne suite, certains livres dont les Essais de Montaigne et s'oblige à en lire un nombre déterminé de pages afin de passer le temps. Petit à petit, il se crée une vie rangée, réglée comme du papier à musique. Puis au fil des années il se lie d'amitié avec le chef cuisinier, la couturière et le maître d'hôtel, et même avec le chat borgne qui hante les couloirs de l'hôtel. Et il assiste aux grands évènements historiques de la vie russe puisque la fine fleur du régime soviétique vient déjeuner au Metropol.
L'hôtel aurait pourtant pu se transformer en cage dorée mais c'était sans compter sa rencontre avec la petite Nina, jeune fille espiègle de 9 ans qui séjourne comme lui au Metropol. Elle va l'entraîner dans ses aventures et lui faire découvrir l'hôtel comme jamais. Cette rencontre bouleversera la vie du comte.
Chronique complète sur : https://riennesopposealalecture.blogspot.com/2018/11/un-gentleman-a-moscou-de-amor-towles.html
Moscou. 1922 – 1954.
Une épopée de plus de trente ans dans l’immensité de la Russie devenue soviétique.
Bref rappel : en mars 1917, le tsar Nicolas II abdique et quelques mois plus tard la république est instaurée par Kerenski. Période trouble (euphémisme) car au même moment la première guerre mondiale prend une terrible ampleur et la Russie fait partie des alliés. Mais le Révolution d’Octobre arrive et modifie complètement les alliances… C’est une guerre civile qui s’engage entre les armées blanches et les armées rouges ; les Bolchevik, déjà au pouvoir depuis 1917, gagnent définitivement et créent en décembre 1922 l’URSS.
Entre temps, le 21 juin 1922, un certain comte Alexandre Ilitch Rostov comparait devant le comité exceptionnel du commissariat du peuple aux affaires intérieures. Son grief : un poème dont en apprendra la véritable origine un peu plus tard. L’aristocrate dans toute sa noblesse du terme est assigné à vivre en résidence surveillée dans un haut lieu symbolique de la capitale moscovite : l’hôtel Métropol.
L’histoire commence. Vous pouvez vous asseoir dans un fauteuil Voltaire à côté d’un samovar posé sur une table orientale pour vivre les jours et les nuits de comte facétieux qui va progressivement s’incorporer à toutes les facettes du palace, devenir le confident et l’ami de la couturière et du barman, travailler comme serveur au restaurant Boyarski. L’évènement le plus important est sa rencontre avec une petite fille, Nina. Une confiance mutuelle va naître entre les deux, tellement, que des années plus tard, elle ne voit que cet « oncle » à qui confier sa petite fille Sofia. Au départ, pour simplement quelques mois…
Un amour de roman, si on peut le qualifier ainsi car c’est un livre inclassable tant il chevauche en même temps sur réalité et fiction avec des toasts d’humour, des envolées homériques, des notes mozartiennes, le tout enveloppé dans un parchemin historique semé d’anecdotes en demi-teintes. Un livre qui charme, à l’image de ce comte séducteur malgré lui, mettant le lecteur hors du temps, hors de l’espace, hors de tout, une lecture en apesanteur en quelque sorte pour plonger dans la culture russe d’un monde d’antan mais par une plume contemporaine qui sait mettre en émoi dès que l’on entraperçoit le prénom et le nom du comte : mélange subtil d’une dynastie de tsars et de Léon Tostoï !
Cloîtré, le comte voyage dans sa tête, de souvenirs en souvenirs, d’une pommeraie à un dîner du temps de la liberté ; il songe à Cervantes et à Napoléon, à Edmond Dantès et à Robinson Crusoé. Mais l’hôtel est loin d’être une île déserte car rapidement le Métropol devient le théâtre (avec un Bolchoï comme voisin…) de rencontres politiques, de scènes cocasses, de leçons d’initiation diplomatique, sans oublier le côté village Potemkine (référence plus tsariste que soviétique) qui se met progressivement en place.
Savoir regarder, savoir écouter, savoir se taire, savoir s’amuser, savoir doser, c’est la leçon magistrale d’un gentleman parfois un peu cambrioleur. Et puis, de l’élégance avant toute chose…
https://squirelito.blogspot.com/2018/10/une-noisette-un-livre-un-gentleman.html
Pour le Comte Alexandre Ilitch Rostov, « un homme doit maîtriser le cours de sa vie s’il ne veut pas en devenir le jouet ». Aussi, lorsque, suite à son procès en 1922, il est assigné à résidence à l’Hôtel Metropol à Moscou, il réfléchit à la manière d’atteindre cet objectif tout en étant condamné à passer sa vie enfermé. Alors, il réinvente sa manière de vivre en faisant venir à lui les personnes extérieures, en s’intégrant au personnel, en faisant des rencontres.
Tout au long du livre, l’auteur, Américain, nous fait suivre le quotidien de ce gentleman, Russe, qui reste positif, malgré la perte de sa condition, et vit de manière heureuse, loin de s’ennuyer. Il nous emmène dans toutes les pièces de l’hôtel, du grenier à la cave, des endroits les plus visibles aux placards les plus cachés. Ses descriptions sont suffisamment précises et détaillées, visuelles, pour se représenter les lieux, les plats servis au restaurant, la disposition des couverts sur une table, les règles de bienséance.
La couverture du livre elle-même, clinquante, donne au livre une impression de valeur, d’objet artistique et décoratif, illustrant les éléments clés de l’histoire, avec des dorures russes qui lui donnent une apparence de bijou.
Sous ces aspects légers et le décor luxueux de l’hôtel, l’auteur inscrit ce huit-clos dans le contexte historique et géopolitique de 30 années du 20ème siècle, de manière documentée et instructive, sans perdre le lecteur en lui demandant des connaissances accrues. Malgré cette bonne humeur affichée tout au long du livre, quelques pointes d’humour et, parfois, des impressions de conte philosophique nuançant les pages, l’auteur ne cache pas la difficulté de la vie en Russie à cette époque, les privations, les queues devant les magasins, le manque de pain, l’idéologie de Staline et la représentation attractive des pays occidentaux dont la France.
L’alternance de tous ces éléments (descriptions d’un lieu et d’une époque, d’un contexte historique, et de rencontres de personnages attachants…) en fait certainement un livre agréable à lire, si le lecteur prend le temps de se laisser porter et d’errer dans tous les recoins de l’hôtel.
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Merci à toutes et à tous pour cette aventure collective
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