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La presqu'île

  • Bonjour. Il a fallu que lors d’une discussion, une amie donne son avis sur une lecture de Julien Gracq pour que je découvre ses mots , ses phrases qui ressemblent à des colliers de fleurs , ses phrases qui sont comme des nuages qui s’éparpillent dans un ciel bleu , ses phrases qui vous caressent comme le souffle léger du vent ou ses phrases qui vous noient sous des tourbillons de lexies toutes plus belles les unes que les autres . La poésie est là , courant , rampant , vous enveloppant de souvenirs , de nostalgie , de tendresse , de curiosité, de beauté . Julien Gracq nous transporte au travers de la Bretagne avec des histoires qui nous plonge dans une attente dévorante , l’envie de nous laisser bercer par ces mots.
    Dans LA ROUTE , «  L’étrange -L’inquiétante route! Le seul grand chemin que j’ai jamais suivi , dont le serpentement , quand bien même tout s’effacerait autour de lui de ses rencontres et de ses dangers- de ses taillis crépusculaires et de sa peut-creuserait encore sa trace dans ma mémoire comme un roi diamant sur une vitre »
    Et nous voulons en savoir plus , ces mots , ces phrases nous donnent la soif de connaître davantage ce lieu , cette route qui à elle seule contient des mystères , des vies : » on avançait le coeur battant un peu dans la lumière fine: on eût dit que soudain la route ensauvagée, crépue d’herbe avec ses pavés ombrés dans les orties , les épines noires , les prunelliers , mêlait les temps plutôt qu’elle ne traversait »
    On Merche sur la Route au milieu de la poésie de Julien Gracq , à travers la sensualité des mots , avec la cadence des phrases qui nous font avancer , soupirer , et des moments de surprise quand «  Au long du Perré , nous rencontrions des femmes « 
    Puis j’ai roulé avec Simon , dans LA PRESQU’ÎLE , ce jeune homme qui attend sa bien-aimée . : » un moment encore , Simon demeura le nez collé à la vitre; il se faisait en lui un soulèvement d’attente têtue qui ne renonçait pas.. »
    Ce jeune homme désespérément seul veut faire passer le temps pour qu’il le rapproche de l’être aimé : « qu’elle ne fut pas là maintenant , tout de suite ,c’était comme l’élancement aigu, désespéré , du souvenir d’une morte , comme s’il n’allait plus jamais la revoir »
    Avec ses mots , Julien Gracq a su dire l’amour au travers du souvenir de Simon » Assise, de dos , les jambes pendantes dans l’eau , toute seule au bout de la longue digue nue , sa crinière fourchue attisée par le vent , dansant comme une flamme d’un feu de bois sur la grisaille des vagues », la crainte de la perte: » Quand il descendit , une r au rafale de vent fit un claquement de la portière une petite détonation sèche , lourdement cernée de silence , comme quand on s’arrête pour visiter une ruine isolée ou un cimetière « , le désespoir de l’attente : «  il se représenta tout à coup vivement la chambre verrouillée de Kergrit , l’odeur des roses emplissant l’air immobile , les dernières voiles qui rentraient au port et glissaient devant la fenêtre , laissant collée aux murs chaque fois une pellicule d’ombre plus noire »
    Et enfin LE ROI COPHETUA , dans un genre diffèrent nous plonge dans une histoire qui mélange l’impression du fantastique au mystère dont Julien Gracq sait si bien user … C’est une magie sombre où chaque mot nous fait attendre: doit-on espérer ?Doit-on croire à ce que décrit le narrateur qui va à la rencontre de son ami Jacques Nueil?
    Le narrateur descend du train et «  il me semblait que la terre entière moisissait dans la mouillure spongieuse »
    Des mots si forts qu’on est tout de suite plongé dans l’indicible peur que quelque chose de terrible ne se produise : » Personne ne m’attendait.. »
    Il va traverser la ville seul pour arriver devant la villa de Jacques Nueil , est-ce un mirage que cette femme qui semble l’attendre? » Quand elle entrait , elle envahissait la pièce comme une vague .. à la fois légère et pesante, les yeux lourd et baissés « 
    Le narrateur attend son ami … et Julien Gracq sait si bien nous dire l’attente et le mystère qui l’enveloppe: » je tirai le rectangle bleu de la poche , déjà froissé , et je vérifiai encore une fois la date de notre rendez-vous »
    Comme j’ai aimé parcourir ces histoires pleine des vies d’inconnus, marcher à leurs côtés sur LA ROUTE ,attendre la venue de l’être aimé avec Simon sur LA PRESQU’ÎLE, et aller à la rencontre de l’ami longtemps absent dans LE ROI COPHETUA. Belles lectures . Prenez soin de vous

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